Good Morning Funan, c'est parti!!

Après plus de 2 ans de travail, il était temps pour Denis et Michael (l’auteur graphique du projet), rejoints en cours de route par Magali et Elise (les 2 scénaristes), de partir s’immerger au Cambodge afin d’enrichir le développement du film, de lui conférer une authenticité sur les faits historiques et sur ce qu’est vraiment ce pays. Patrick et Thomas ont rejoint à leur tour l’équipe à l’occasion de ce voyage. Au programme visites de Phnom Penh, des campagnes et des villages environnants, beaucoup de documentation sur les paysages, les habitations, le mode de vie des Cambodgiens, les marchés, la nourriture et les Cambodgiens eux-mêmes, leur physique, leur gestuelle, leurs coutumes, etc. Mais aussi beaucoup de travail sur le film lui-même, l’avancement du séquencier, des recherches graphiques et techniques…

jeudi 19 janvier 2012

Funan en campagne – Kampong Cham

Notre petit groupe s'est déplacé le mercredi soir jusqu'à Kampong Cham, une ville au Sud Est de Phnom Penh, pas très loin de la frontière vietnamienne. Après une très courte nuit dans un hôtel recommandé par un guide touristique (et qui s'est révélé être... une maison de passe un peu sordide), nous nous sommes levés à 6h du matin le jeudi pour nous rendre dans un premier petit village à la campagne.

Notre cher 4x4 loué pour l'occasion !
Stéphane, qui travaille pour la recherche française au Cambodge, nous a servi de guide pour la journée : sa mission est, entres autres, d'enseigner des méthodes de culture "durables" aux paysans cambodgiens. 
Connaissant très bien les habitants de certains villages, il nous a introduit à des personnes prêtes à nous parler et à nous renseigner pour notre film. Et avec Denis parlant Khmer, nous n'avons même pas eu besoin d'interprète : sa bonhommie et son bagout ont suffi à mettre nos interlocuteurs en confiance.


Le premier petit village que nous avons visité (dont il nous faut retrouver le nom) est un village microscopique et assez pauvre. Des villageois ont expliqué à Denis que les paysans n'ont aucune aide pour reconstruire leurs maisons lorsque celles-ci sont endommagées. Nombre d'entre eux ont dû quitter le village pour cette raison.


Denis a longuement échangé avec un homme qui a pu vivre la période khmère rouge. Son témoignage nous a rappelé l'histoire de Funan et celle de tant d'autres, que nous avons pu découvrir dans des livres. Mais entendre quelqu'un, de chair et d'os, parler de ce qu'il a vécu reste un moment unique et émouvant.


Surtout que nous n'avions jamais rencontré cet homme jusqu'à ce jour, et que la majorité des gens du village étaient très craintifs à notre encontre. La générosité et la gentillesse de cet homme nous ont donc beaucoup touchés. 

Nous sommes ensuite allés dans le village de Popel, un peu plus grand et plus prospère, où nous attendait un contact de Stéphane : un homme respecté, qui fait beaucoup pour le développement de son village. Ce contact nous a ainsi fait faire un petit tour du coin. Les gens, globalement moins craintifs que dans le village précédent, nous regardaient passer avec beaucoup de curiosité. 


Nous nous sommes notamment rendus dans un temple attenant à une école. Sous le régime khmer rouge, ces lieux avaient été transformés en porcherie. Ils ont ainsi été massacrés par les animaux, laissés à l'abandon dans ces lieux de recueillement et de culte. Beaucoup de choses ont été reconstruites depuis.



L'homme nous a ensuite parlé de ce qu'il savait de l'époque khmère rouge. Il a fini par nous confier que replonger dans ce passé le faisait beaucoup souffrir. 

Faucilles utilisées pour récolter le riz
Puis nous nous sommes installés dans la cour de la maison de cet homme, où nous avons pu lui poser d'autres questions plus "factuelles". 

Ce que nous voulions prioritairement découvrir, au cours de ce voyage dans les campagnes, c'était la manière dont on pouvait travailler et vivre au quotidien, à l'époque des khmers rouges. Ce qu'il faut savoir, c'est que les camps de travaux forcés étaient en très grande majorité disséminés dans la campagne cambodgienne. L'objectif était de doubler la production de riz pour booster l'économie du pays (et accessoirement rembourser des dettes à la Chine). 
La famille de Denis a ainsi pu être soumise à des travaux dans des rizières, pour la construction de barrages ou de canaux d'irrigations. 

Nous avons donc demandé aux villageois comment ils cultivent le riz, et comment cela se faisait du temps de Pol Pot. On nous a très gentiment montré et expliqué tout ça...



Il s'est produit ensuite quelque chose d'unique : toute la famille s'est regroupée en cercle autour de nous – grands, petits, jeunes, personnes âgées. Et des femmes ont commencé à se livrer spontanément sur l'époque khmère rouge.


Surtout une femme, sorte de joyeuse commère du village, un sacré personnage ! Elle a parlé de la période, qu'elle a vécu à l'âge de 15 ans, avec une distance, une ironie et un humour inégalables. Elle a même fini par nous faire une démonstration des danses et chants révolutionnaires qu'elle a appris lorsqu'elle avait été embrigadée dans une chorale khmère rouge...


Ce moment reste, pour tout le groupe, inoubliable ! Peut-être le clou du voyage... 

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