Cet ancien lycée a été reconverti en centre de détention entre 1975 et 1979. Non seulement les victimes y étaient emprisonnées dans des conditions inhumaines, mais elles y étaient également battues, torturées, exécutées. Les détenus étaient des anciens fonctionnaires d'état, des militaires, mais aussi des intellectuels, des ouvriers, des étrangers de toutes nationalités (des Indiens, des Pakistanais, mais aussi des anglo-saxons comme des Américains ou des Australiens). En somme, toute personne soupçonnée, de près ou de très loin, de s'opposer à l'Angkar pouvait se retrouver à S-21.
L'objet de Funan n'est pas de montrer la réalité d'une telle prison. Nous nous intéressons de notre côté à la vie dans les camps de travaux forcés dans les campagnes, qui ont connu leurs propres souffrances. La famille de Denis n'a pas connu directement l'horreur de ces centres dits "de sécurité". Nous ne nous attarderons donc pas sur ceux-ci.Compte tenu de notre sujet, il nous a cependant semblé important d'être conscients de cette partie extrêmement sombre du contexte qui nous intéresse, et de rendre hommage à ce musée réalisé à la mémoire d'un massacre aussi atroce.
Hélas, la mise en scène de ce musée est assez décevante finalement. Les lieux sont très dépouillés, voire quasiment nus pour la plupart des salles ou des cellules.
Certains effets recherchés nous ont semblé factices (comme les tâches de sang, un peu trop rouges pour être vraies... surtout qu'il y avait des traces de bidons de peinture également) ce qui peut rajouter un certain malaise.
Mais S-21 reste un endroit à préserver et à faire vivre. C'est probablement Rithy Panh qui l'a exploité de la meilleure des façons avec le documentaire qui l'a rendu célèbre, S-21, la machine de mort khmère rouge. Rithy Panh a fait mimer à d'anciens gardes khmers rouges, dans les cellules de Tuol Sleng, les tortures qui faisaient partie de leur quotidien...
Voir ce film avant de visiter Tuol Sleng permet probablement de mieux réaliser toute l'horreur qui a eu lieu dans ces salles aujourd'hui vides. C'est peut-être parce que la mort semble avoir laissé si peu de traces, que l'on se sent obligé d'en rajouter... sans trop savoir comment. Comment exprimer l'insoutenable sans basculer dans le sensationnel ?
L'endroit le plus bouleversant de Tuol Sleng reste la grande galerie des portraits des victimes. Des dizaines de panneaux se succèdent à n'en plus finir, avec des portraits de tous ceux qui ont été un jour enfermés, torturés dans ces lieux. Des portraits d'une beauté et d'une gravité terribles.
Ces images nous ont fait réaliser toute l'ampleur et toute l'importance du projet que l'on souhaite accomplir. Nous devons tout faire pour rendre hommage à ces victimes, avec dignité et justesse.
Ainsi, dès le retour, on s'est mis au boulot. Et on n'a pas chômé.








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