Good Morning Funan, c'est parti!!

Après plus de 2 ans de travail, il était temps pour Denis et Michael (l’auteur graphique du projet), rejoints en cours de route par Magali et Elise (les 2 scénaristes), de partir s’immerger au Cambodge afin d’enrichir le développement du film, de lui conférer une authenticité sur les faits historiques et sur ce qu’est vraiment ce pays. Patrick et Thomas ont rejoint à leur tour l’équipe à l’occasion de ce voyage. Au programme visites de Phnom Penh, des campagnes et des villages environnants, beaucoup de documentation sur les paysages, les habitations, le mode de vie des Cambodgiens, les marchés, la nourriture et les Cambodgiens eux-mêmes, leur physique, leur gestuelle, leurs coutumes, etc. Mais aussi beaucoup de travail sur le film lui-même, l’avancement du séquencier, des recherches graphiques et techniques…

jeudi 5 janvier 2012

Choeung Ek est ce qu'on appelle un "killing field", un immense terrain où étaient exécutées puis enterrées les victimes des centres de sécurité comme S-21. C'est le lieu que nous avons choisi de visiter ce jeudi.
A 17 km de Phnom Penh, cet ancien cimetière chinois a été le lieu d'atrocités terribles. Il est aujourd'hui un lieu de recueillement, avec notamment une immense pagode érigée à la mémoire des victimes (c'est un ossuaire où les gens peuvent venir prier), et un musée. Celui-ci retrace les grands axes de la période et montre des photos, des objets significatifs liés au site.


Choeung Ek est un endroit bouleversant : la nature a repris ses droits depuis les massacres passés. Elle est désormais plus luxuriante et plus belle que jamais. De grands arbres exotiques se balancent au gré du vent. Enclavé dans un tapis de verdure, un grand lac miroitant s'étend en bordure du site. Une quiétude mélancolique baigne ainsi les lieux.

 

Et pourtant, c'est un paysage profondément marqué, de tous côtés. Par petites touches, imperceptibles pour quiconque passerait sans s'arrêter. 
Il y a encore de nombreuses fosses, très atténuées, recouvertes d'herbes et de feuillages. Jadis, des milliers de victimes y étaient jetées sans égard.
Il y a aussi des fragments de tissus, des ossements humains. Ils jaillissent du sol lorsque la nature, tourmentée, balayée par les éléments, dégorge de manière incongrue ce qu'elle contient de souffrance et de haine.


Les gardiens de Choeung Ek prennent soin de laisser ces éléments intacts. De laisser à la terre ses cicatrices humaines, pour que chacun puisse les voir. Et imaginer. Les visiteurs doivent ainsi bien faire attention à ne pas buter contre elles. 

Contre toute attente, l'une des forces de ce lieu est son... audio-guide. Réalisé avec une intelligence rare, il vous propose un parcours balisé par des sites numérotés. Il n'y a plus aucune des constructions que les Khmers Rouges avaient élaborées pour parquer, torturer, organiser leur massacre à grande échelle. Il y a à la place des petites huttes ou de simples pancartes explicatives...


... et le guide audio qui vous raconte, en détail, ce qui a pu se passer. Il y a également des survivants qui témoignent. Aussi bien du côté des victimes que du côté des bourreaux.

On a écouté ces récits de vie avec attention. Ces voix ténues, enrayées par une mémoire encore traumatisée. Il nous a parfois été difficile de retenir notre émotion. 

Nous sommes repartis, plus déterminés que jamais à mener Funan à son terme. 


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